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Héritage musical

1992. Georges Delerue s'en allait, nous laissant un héritage exceptionnel.

La reconnaissance internationale de ses musiques de films occulta plusieurs pans de son œuvre : nombreux "sons et lumières", musiques de scène, mais aussi opéras, ballets et maints ouvrages classiques. Derrière cet éclectisme apparaît le portrait d'un compositeur important du XXème siècle.

Fruit d'un travail acharné, mais portée par la grâce d'une irrépressible passion pour la musique, la personnalité artistique de Georges Delerue prit naissance au Conservatoire de Musique de Roubaix.

Le soutien de certains professeurs, en particulier Alfred Desenclos, permit, devant l'évidence des capacités du jeune Georges, de l'éloigner du travail en usine pour lequel on le destinait.

S'affirmant dans sa vocation de compositeur, il apprend à développer ses talents au Conservatoire National Supérieur de Musique dans le Paris d'après guerre, avec des professeurs tels que Henri Büsser et Darius Milhaud.

Prix de Rome 1948 : Certificat de récompense Discernant chez son élève, maintenant titulaire d'un Grand Prix de Rome, une aptitude certaine pour la musique de spectacle, Darius Milhaud l'enverra au Festival d'Avignon dirigé par le grand metteur en scène Jean Vilar. Cette expérience prodigieuse lui permettra de manifester son identité musicale et contribuera à lui donner une souplesse d'écriture, indispensable à toute collaboration artistique. Elle lui ouvrira les portes du monde théâtral.

La toute jeune télévision alors en plein essor et en quête de talents fait appel à lui.

Du "Club d'Essai" aux dramatiques ("Les Princes du Sang"), des téléfilms ("Milady") aux séries ("Les Rois Maudits", 1973), sa contribution, sur plusieurs décades, sera extrêmement prolifique.

Quelques génériques radio sont aussi à son actif dont le virevoltant "Radioscopie", émission quotidienne de Jacques Chancel, devenue culte.

D'une incursion dans le film publicitaire, il faut retenir "Opéra Boeuf" pour Maggi, qui lui vaudra d'être remarqué par Philippe de Broca pour lequel il signera, au long de trente années de fidélité, les partitions de dix-sept de ses films.

Les courts métrages fleurissaient alors et Georges Delerue en fit une moisson qui, peu à peu, le fit connaître des jeunes réalisateurs fougueux, à la gloire naissante, qui aspiraient à s'exprimer différemment de leurs aînés : Pierre Kast, Claude Sautet, Jean-Luc Godard mais aussi celui qui deviendra son grand complice, François Truffaut dont les films lui vaudront d'être promu à la tête des compositeurs de ce qu'on appellera "La Nouvelle Vague".

La renommée s'exporte et c'est d'abord d'Angleterre que vient le premier appel du réalisateur Ken Russell pour "French Dressing". Bientôt, les demandes arrivent d'Amérique et il associera son nom à certains des plus grands réalisateurs dont Mike Nichols, John Huston, Fred Zinnemann et plus proches de nous, quand il aura osé le grand saut en Californie, Oliver Stone et l'australien Bruce Beresford.

Et toute sa vie, répétons-le, en alternance à ses musiques de films, toujours poussé par la nécessité vitale d'écrire et pour trouver son équilibre par l'immersion dans les deux mondes, il composera des œuvres classiques.

La hantise de la page blanche

Georges Delerue s'émerveillera toujours de l'extraordinaire destinée qui l'amena des quartiers populaires de Roubaix aux collines de Los Angeles. Il éprouvait une profonde reconnaissance pour la musique à laquelle il s'est voué sans retenue et la joie de vivre qui l'habitait, paradoxe de tant de mélodies nostalgiques, ne cessera d'ensoleiller ceux qui l'ont connu.

Etre humain généreux, Georges Delerue est là, présent tout entier dans sa musique, et dans son écoute les auditeurs y cherchent leur propre humanité.

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