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Itinéraire d'un élève doué

1925

Naissance de Georges Delerue le 12 mars, rue de Valmy à Roubaix. Fils de Georges Delerue et Marie Lhoest.

1939

Bien qu'ayant appris les notes en même temps que l'alphabet, le petit Georges n'est pas très passionné par la musique durant ses premières années de scolarité. Il pratique la clarinette (héritage d'un de ses oncles) au Conservatoire de Musique où sa mère l'a inscrit, mais la range volontiers au fond de son casier, préférant jouer avec ses camarades.

1940

Les échos de la guerre se font proches. Les conditions de vie sont de plus en plus difficiles. Les enfants partaient alors très jeunes au travail pour aider à subvenir aux besoins de leur famille et c'est donc à 14 ans et demi que Georges abandonne ses études de métallurgie à l'Institut Turgot pour travailler à la fabrique de limes rue Decrême, où son père est contremaître.

Issu d'un milieu où les traditions et la musique sont très vivaces, c'est avec son grand père maternel Jean-Baptiste Lhoest surnommé "L'Homme des Vents" qui anime d'une voix tonitruante une chorale d'amateurs, et sa mère qui pratique un peu le piano et aime chanter les airs connus de Faust ou de Carmen lors des réunions familiales, que Georges commence à s'intéresser à la musique.

Diplôme Conservatoire de Roubaix Ainsi, le soir, après les longues journées de labeur à la fabrique de limes, l'adolescent se réjouit de participer, à la clarinette, aux répétitions des Fanfares et Harmonies existantes dans la région. Cette ambiance très chaleureuse et entraînante motive fortement le jeune garçon à se perfectionner dans la pratique de l'instrument.

Georges propose alors à ses parents de diviser ses journées : le matin sera consacré à la fabrique de limes et l'après-midi au conservatoire, à l'étude du solfège et de la clarinette. Après plusieurs âpres discussions, ils lui donnent à regret leur accord, convaincus que "la musique ne nourrit pas son homme."

La guerre qui fait rage en Europe et l'Allemagne envahissant la Pologne, ne présagent rien de bon pour les jeunes gens bientôt appelés au service militaire. Inquiète pour l'avenir de son fils, Marie conforte Georges dans ses études musicales, dans le but avoué de le voir rejoindre les fanfares de l'armée et passer ainsi son service dans de bonnes conditions !

Mais au conservatoire, Georges ne tarde pas à troquer sa clarinette pour un instrument qui l'attire bien davantage : le piano. Entré dans la classe de Madame Picavet-Bacquart, il interprète une "Romance sans Parole" de Félix Mendelssohn qu'il avait étudiée seul. Elle l'accepte comme élève par ces mots : "Monsieur Delerue, vous n'êtes pas pianiste mais très musicien." Il découvre alors avec enthousiasme les œuvres de Bach, Chopin, Beethoven, Mozart, Grieg et tant d'autres, tout un monde qui l'envahit peu à peu.

Six mois après, à la suite d'un accident de bicyclette banal mais qui a une répercussion sur une scoliose déjà très prononcée, le diagnostic du médecin est sans appel : opération suivie de cinq mois allongé dans un corset de plâtre. Cette période où, aux nombreuses privations dues à la guerre vint s'ajouter cette réclusion, sera, aux dires de Georges, l'une des plus difficiles de sa vie. Et cependant elle lui fut bénéfique ! Une lente maturation se produisit en lui et, telle la chrysalide se métamorphosant en papillon, il en sortit avec la certitude définitive de sa voie : il sera compositeur de musique, tel Richard Strauss.

1941

A la demande de Madame Picavet-Bacquart, il entre dans la section Harmonie dont le professeur est par ailleurs directeur du conservatoire.

Dès les premiers jours, leurs rapports sont tendus. Les lacunes de Georges en solfège et en culture musicale ne lui sont pas pardonnées. De plus, travaillant encore le matin à la fabrique de limes, il arrive au conservatoire en bleu de travail, tenue choquante dans ce lieu bourgeois.

Le directeur donne à Georges un devoir qu'il lui sait impossible à réaliser, pour avoir lui dit-il " le plaisir de le renvoyer." Désemparé, Georges se présente au matin du jour dit, n'ayant rien écrit. Le directeur était mort la nuit précédente. Plus qu'une anecdote, cette disparition ouvre l'avenir du compositeur.

1943

Le nouveau directeur du Conservatoire, Alfred Desenclos, repère très vite le potentiel et les progrès de son élève et le pousse dans ce qui semble être une vocation. Appuyé par le directeur auprès de ses parents, Georges abandonne l'usine de limes et travaille d'arrache-pied pour rattraper son retard.

1945

Georges Delerue a vingt ans lorsqu'il achève ses études au Conservatoire de Roubaix.

Diplôme Conservatoire de Roubaix Cette année fut très fructueuse pour le jeune musicien qui s'est vu décerner les plus hautes récompenses possibles au sein d'un établissement de province, entre autres : 1er prix de piano, 1er prix de musique de chambre, 1er prix d'harmonie, 2ème prix de clarinette.

Le directeur, soucieux de l'avenir de Georges, lui conseille vivement de se présenter aux éliminatoires d'entrée du Conservatoire National Supérieur de Paris. C'est en Octobre de cette même année que celui-ci intègre les classes de Simone Plé-Caussade (fugue) et Henri Büsser (composition).

1946

Si Georges s'adapte vite au conservatoire, il n'en est pas de même concernant Paris. La vie y est plus chère qu'à Roubaix et malgré l'obtention d'un prix spécial de mille francs offert par un notable de cette ville, il lui faut s'assumer financièrement. Il jouera donc régulièrement dans les bals de Paris et de province, aux baptêmes, mariages, obsèques (il a appris l'orgue) mais aussi, attiré par le jazz, dans les piano-bars du quartier de l'Opéra.

1947

Georges tente une première fois le concours du Prix de Rome et obtient une mention honorable.

1948

Henri Büsser prend sa retraite. A sa place sera nommé Darius Milhaud, exilé depuis le début de la guerre en Amérique et qui aura une importance décisive dans l'orientation de la carrière de Georges. Le nouveau professeur ouvre l'esprit de ses élèves à un plus grand éclectisme musical. Conscient de manquer encore beaucoup de culture générale, Georges s'intéresse de plus en plus à la littérature, au théâtre, au cinéma.

Prix de Rome 1948 : Deuxième second grand prix de composition musicale Cette même année, il se présente à nouveau au concours de Rome et obtient le Deuxième Second Grand Prix.

Avec une grande perspicacité, Darius Milhaud voit en Georges Delerue un compositeur doué pour le spectacle. De santé précaire, très fatigué, il envoie cette année là Georges Delerue diriger à sa place la musique qu'il a composée pour "Shéhérazade" de Jules Supervielle, mise en scène par le grand et exigeant Jean Vilar pour le deuxième festival d'Avignon, avec tous les risques que comporte le direct en plein air.

Ce qui était un test trouvera une confirmation dans la demande de Jean Vilar à Georges Delerue de composer la musique de "La Mort de Danton" de Georg Büchner, pour ce même festival. L'année suivante verra, dans le cadre du TNP (Théâtre National Populaire) leur collaboration sur cinq pièces dont "Le Cid" de Pierre Corneille.

1949

Georges tente une dernière fois le concours de Rome et obtient le Premier Second Grand Prix. Cependant, c'est de son Premier Prix de Composition obtenu la même année qu'il sera le plus fier.

Les Grandes Heures d'une Vie Musicale

1950

Début des courts métrages.

1952

Ce sera une année de travail intense pour Georges qui alternera les musiques de scène, rive gauche au Théâtre de Babylone dirigé par Jean-Marie Serreau et rive droite au Théâtre de l'Humour animé par Raymond Hermantier. Le Théâtre de Babylone, carrefour incontournable du milieu théâtral, marque un moment clé de la carrière de Georges. Il y cotoiera notamment Arthur Adamov, Samuel Beckett, Frédéric Schiller mais surtout Boris Vian dont la rencontre sera décisive pour les deux hommes. De leur collaboration fructueuse naîtront, pour le théâtre, une adaptation du "Chevalier de Neige" et "Les Bâtisseurs d'Empire", un opéra de chambre "Une Regrettable Histoire" et une seconde adaptation pour l'opéra du "Chevalier de Neige" ainsi qu'un ballet : "L'Aboyeur".

Cette même année, Georges Delerue entre au Club d'Essai de la RTF (Radio Télévision Française) pour y diriger l'orchestre de cette institution.

1953

Création des premiers plateaux télévision rue Cognacq-Jay. Première musique de Georges Delerue pour une dramatique : "Les Princes du Sang". L'orchestre était en direct, caché derrière un rideau et Georges attendait le signal du régisseur pour démarrer et arrêter !!

1954

Création à Caen de la pièce de théâtre "Le Chevalier de Neige" qui reçut un accueil enthousiaste, avec quelque cinquante mille spectateurs en six jours.

Premières musiques pour les spectacles "Sons et Lumières" avec "Lisieux" et "La Libération de Paris".

1955

Symphonie Concertante pour Piano et Orchestre.

1957

Création à Nancy, le 31 Janvier de l'Opéra "Le Chevalier de Neige" qui remporta également un très grand succès. Cet opéra devait être repris à l'Opéra-Comique de Paris en 1960 mais les répétitions commencées en Septembre 1959 sont interrompues en Avril 1960 pour cause de guerre d'Algérie.

1959

Premier film de long métrage : "Le Bel Age" de Pierre Kast. Premier film avec Philippe de Broca : "Les Jeux de l'Amour".

1960

Premier film avec François Truffaut : "Tirez sur le Pianiste".

1963

Création du ballet "La Leçon", argument de Eugène Ionesco, chorégraphie de Flemming Flindt. Ce ballet est aujourd'hui encore dansé un peu partout.

1964

Le réalisateur anglais Ken Russell ouvre les portes du cinéma anglo-américain à Georges Delerue en lui confiant la musique de "French Dressing".

1965

Ken Russell réalise pour la BBC un film sur Georges Delerue : "Don't Shoot the Composer".

1966

Fred Zinnemann demande à Georges la musique de son film "A Man for all Seasons".
Création du ballet "Les Trois Mousquetaires" d'après le roman d'Alexandre Dumas, chorégraphie de Flemming Flindt. Il sera repris en 1985 à Dallas (Texas).

1967

Composition pour la télévision britannique de "Our World", hymne chanté dans toutes les langues pour l'inauguration officielle de la Mondiovision. Les Etats-Unis lui décerneront en 1968 un Emmy Award pour cette musique.

1975

Création à Strasbourg de l'opéra "Médis et Alyssio", livret de Micheline Gautron, qui reçut un accueil mitigé.

1979

César de la meilleure musique de film pour "Préparez vos Mouchoirs" de Bertrand Blier.
Oscar de la meilleure musique de film pour "A Little Romance" de George Roy Hill.

1980

César de la meilleure de film pour "L'Amour en Fuite" de François Truffaut.
Premier film à Los Angeles : "True Confessions" de Ulu Grosbar.

1981

César de la meilleure musique de film pour "Le Dernier Métro" de François Truffaut.

1983

"Trois Prières pour les Temps de Détresse", pour baryton solo, choeurs mixtes et ensemble instrumental. Texte en latin extrait de la bible sur la guerre, la déportation, le génocide.
"Vivement Dimanche" dernier film de François Truffaut.
Concerto pour violon et orchestre.

1984

La disparition de François Truffaut le 21 octobre, laissera un grand vide dans la vie de Georges Delerue.

1990

Mouvement Concertant pour Orchestre.

1992

Décès brutal de Georges Delerue. Il venait d'enregistrer la musique de "Rich in Love", le cinquième film en collaboration avec le réalisateur Bruce Beresford, son nouveau complice et ami.

Georges Delerue repose au Forest Lawn Memorial Park de Glendale (Californie).

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