Georges Delerue : Mon ami François…
"François Truffaut était un homme exceptionnel, un être chaleureux, d'une grande pudeur, très timide et à la sensibilité exacerbée, qui pouvait parfois surprendre mais ce qu'il exprimait était toujours profondément pensé et ressenti."
"Il était très aimé parmi les professionnels du cinéma et pour moi qui avais beaucoup d'affection pour lui, ce fut un choc terrible d'apprendre qu'il était malade."
"Lorsque je suis arrivé aux Etats-Unis, j'ai eu la surprise de voir que j'étais très connu grâce aux films de François. Tout le monde connaissait Jules et Jim et Tirez sur le Pianiste. Quant à La Nuit Américaine, elle y a remporté un triomphe. Ses films ont été analysés, disséqués par des jeunes cinéastes dans les grandes écoles. En étudiant ses films, ils ont en même temps découvert les musiques que j'avais composées pour eux."
"La Nuit Américaine est peut-être le film de François qui m'a le plus ému."
"Cet hymne d'amour au cinéma lui ressemblait tellement, c'était toute sa vie, sa passion. La scène où tout le monde se sépare après la fin du tournage est si vraie ! L'émotion de cette famille du spectacle qui va s'éparpiller m'a toujours bouleversé. Si François l'a tournée ainsi c'est qu'il devait être, lui aussi, ému et triste à la fin de chaque film."
"J'ai perdu quelqu'un que j'aimais beaucoup, quelqu'un qui m'a beaucoup appris. Et je n'arrive pas à croire que je ne me trouverai plus jamais avec lui dans une salle de montage, que je ne l'entendrai plus jamais dire : "Maintenant c'est la récréation, on va parler de la musique.""
Le couple réalisateur/compositeur
Les années 50 sont une époque charnière pour les Etats-Unis en ce qui concerne la musique de film. Alors que les redoutables cors bouchés de Bernard Herrmann et les fameuses trompettes de Jéricho de Miklos Rosza résonnent dans Hollywood, on voit émerger une nouvelle génération de compositeurs, tous plus créatifs les uns que les autres.
C'est ainsi que le jeune Jerry Goldsmith révolutionne rapidement les codes musicaux utilisés dans le cinéma en élargissant le champ créatif. Citons en référence "Freud" de John Huston et "The blue Max" de John Guillermin.
L'Europe n'est pas en reste avec Georges Delerue en France (avec l'arrivée de la Nouvelle Vague) et Ennio Morricone en Italie.Cette révolution est due en grande partie au réalisateur Alfred Hitchcock qui, le premier, prit conscience de l'impact de la musique sur l'image. Ainsi, il fera de Bernard Herrmann son compositeur de prédilection et fera naître de véritables fusions metteurs en scène/compositeurs.
Ces symbioses s'avèreront fructueuses dans différents genres picturaux : Ennio Morricone/Sergio Leone pour le western - Lalo Schifrin/Don Siegel pour le policier - Henri Mancini/Black Edwards pour la comédie. Une confiance totale s'instaure entre le réalisateur et le compositeur, partenaires qui deviennent alors indissociables. Citons pour les plus grandes complicités : Georges Delerue et François Truffaut, John Williams et Steven Spielberg, Jerry Goldsmith et Franklin J. Schaffner, Maurice Jarre et David Lean, Nino Rota et Frédérico Fellini.
Cependant, la relation Delerue/Truffaut se rapproche davantage de celle d'Herrmann/Hitchcock, se distinguant des autres en ce qu'elles sont fondées sur un concept cinématographique unique et temporel.
Ces deux collaborations font maintenant partie de l'histoire du cinéma et font l'objet d'études dans les écoles de cinéma du monde entier.

