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une vie, un travail, une passion...

Bruce Beresford

Georges Delerue par Bruce Beresford

Je pense que la première musique de film de Georges Delerue que j’aie entendue a été Jules et Jim, au début des années soixante. Son charme mélodique, sa manière de saisir l’esprit du film m’avaient captivé. C’est une partition qui n’a pas pris une ride, remarque valable pour peu de films remontant à plus de dix ans. Mais c’est une caractéristique de toute l’œuvre de Delerue pour le cinéma. Au cours des années soixante et jusqu’aux années quatre-vingt, j’ai continué à trouver ses partitions fascinantes. Pas seulement celles de presque tous les Truffaut, mais aussi celle du Conformiste de Bertolucci, avec ses tonifiants rythmes jazz. Au début, il me semblait que les comédies convenaient le mieux à Delerue, sans doute parce que les films de Truffaut étaient conçus avec une délicieuse touche latine.

Mais, en fait, la polyvalence de Georges, la variété de son écriture et son don pour la mélodie étaient incroyables, comme en témoignent Un homme pour l’éternité, Jack et le mangeur de citrouilles, Chaque soir à neuf heures et, aux Etats-Unis, Salvador, Le Mystère Silkwood et Platoon.

Chaque partition s’accordait au film avec une absolue perfection. Sa compréhension de l’histoire, des personnages était tellement aiguë que la musique ajoutait toujours profondeur et subtilité.

A partir du milieu des années quatre-vingt, Delerue a commencé à passer plusieurs mois par an à Los Angeles pour écrire des partitions de productions américaines. J’ai alors décidé de le contacter pour mon film Crimes du cœur. À cette époque (1985), Georges parlait à peine anglais et nous devions communiquer à l’aide d’un interprète. Mes inquiétudes concernant sa compréhension du film ont intégralement disparu dès le premier jour de l’enregistrement, lorsque les premiers accords de son style aussi inventif qu’inimitable ont résonné sur les images du film. En fait, Georges était sous le charme de Crimes du cœur, film merveilleusement écrit par Beth Henley, d’après sa propre pièce de théâtre. Je voulais qu’il saisisse l’intimité des trois sœurs et l’ambiance du sud. Pour le thème principal, une ballade obsédante, Georges m’avait suggéré un saxophone soliste parce que l’une des sœurs, Diane Keaton, en joue dans une scène. Pendant les cinq années suivantes, Delerue a mis en musique quatre autres de mes films. Sa musique pour la comédie Her alibi, possède la vivacité de ses partitions pour Truffaut même si, malheureusement, le film ne joue pas dans la même catégorie.

Mais Georges a signé une partition délicieusement légère, pleine d’esprit qui rend ce film plutôt morne bien meilleur qu’il ne l’était au départ. Pour Mister Johnson, un drame tourné dans l’ouest africain, je lui ai demandé d’écrire un concerto pour violon dans un style anglais : Georges en a composé un dont Elgar aurait été fier. A Mister Johnson a succédé un deuxième drame, Black Robe, dont l’histoire se déroule au Canada en 1630 et, enfin, la comédie dramatique Rich in Love, sa dernière partition, qui trouve exactement le ton que nous avions cherché en vain dans les musiques provisoires utilisées pour les projections test.

Progressivement, Georges a fait des progrès : sa maîtrise de l’anglais s’est améliorée (même si sa conversation restait toujours bizarrement pittoresque), au point où nous pouvions nous passer d’interprète (j’étudiais le français avec sérieux, ce qui a peut-être un peu aidé). Mais, curieusement, la langue avait peu d’importance pour un homme d’une telle compréhension humaine, de tant de charme et d’esprit. Il semblait comprendre chaque film jusque dans ses moindres détails. Si l’on apportait un infime changement au montage il le remarquait immédiatement. Même un remaniement majeur ne semblait pas le perturber : avec calme et naturel, il disposait différemment ses morceaux, de manière à ce qu’ils collent à nouveau au film. Georges était un bourreau de travail, avec un don proprement inouï pour l’organisation. Je dirais même que Georges était l’homme le mieux organisé que j’aie jamais rencontré. Il respectait le moindre rendez-vous, chaque morceau de musique était prêt exactement à temps, chaque enregistrement se déroulait précisément comme il l’avait prévu. Et tout cela sans effort apparent et dans la cordialité. Si on devait commencer à neuf heures du matin, vous pouviez être certain que sa baguette tomberait sur la première note pile à l’heure. Il se montrait toujours courtois envers les musiciens, encourageant et élogieux. Chaque segment de la partition était parfaitement préparée et s’adaptait à la scène avec précision. Il ajustait intelligemment l’orchestration durant les passages de dialogue, afin que sa musique ne lutte pas contre les dialogues.

Humainement, Georges était un être d’une grande gentillesse naturelle, toujours très aimable (je ne l’ai jamais vu se mettre en colère). Il avait ce comportement décontracté que j’ai tendance à associer, peut-être naïvement, à mes amis français. Il était d’une intense musicalité et paraissait absolument tout savoir des musiques de chaque pays du monde. Durant ma carrière, j’ai collaboré avec beaucoup de compositeurs talentueux, mais Georges demeurera toujours mon préféré. Aujourd’hui, quand je vois l’un de ses anciens films à la télévision, sa musique me fascine toujours autant. Elle ne semble jamais démodée, elle met le climat en valeur.

Georges pouvait aller de la comédie au drame avec une habilité équivalente.

Et, sans fausse modestie, je crois que sa musique pour Black Robe est l’une des plus grandes partitions jamais écrites pour l’image.

En plus de ses musiques pour le cinéma, Georges a composé de nombreuses pièces classiques ( il avait étudié avec Darius Milhaud ), qui révèlent de manière fascinante un versant plus sombre de sa personnalité. Son œuvre le positionne parmi le nombre étonnant de brillants compositeurs français que le XXème siècle nous a offerts. Physiquement, Delerue était un homme de petite taille, un peu cassé, à cause d’une difformité de la colonne vertébrale apparue dans son enfance. Georges était adoré par tous ceux qui le connaissaient et auxquels il manquera à jamais.

Propos reccueillis par Stéphane Lerouge


1986      Crimes of the Heart


1989       Her Alibi


1990        Mister Johnson


1991        Black Robe


1993        Rich in Love


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