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A R C H I V E S

une vie, un travail, une passion...

Police Python 357

Pour son second long-métrage datant de 1976, Alain Corneau reprend le genre du polar à la française revenu au goût du jour dans les années 70 et magnifié dans les années 60 par des réalisateurs tels que Jean-Pierre Melville, René Clément ou Claude Chabrol. Quand il réalise ‘Police Python 357’, l’auteur des célèbres ‘Tous les matins du monde’ et ‘Fort Saganne’ n’a pas encore réussi à s’imposer mais marque malgré tout un premier coup d’essai dans le genre du polar. L’inspecteur Marc Ferrot (Yves Montand) partage sa vie avec Sylvia Leopardi (Stefania Sandrelli), qui se trouve être la maîtresse du commissaire Ganay (François Périer). Un soir, lorsque ce dernier comprend que Sylvia a un amant, il devient fou de rage et l’assassine violemment. Horrifié par son acte, il demande des conseils à sa femme Thérèse (Simone Signoret) qui lui demande de ne rien révéler à la police et de faire comme si de rien n’était. Ganay confie alors l’enquête à l’inspecteur Ferrot. Malheureusement, ce dernier se trouvait sur les lieux du crime peu de temps après que Ganay ait tué Sylvia, Ferrot s’étant rendu à son appartement le soir même où Ganay venait de tuer sa maîtresse, mais sans avoir trouvé le corps de Sylvia. Très vite, Ferrot comprend que tous les indices mènent inexorablement à lui et que les apparences se retournent contre lui, et Ganay va jouer sur cela en espérant que Ferrot finisse par être arrêté et condamné à sa place. De son côté, Ferrot, qui ne sait pas que Ganay est le vrai coupable, doit tout faire pour tenter d’effacer tous les indices menant à lui, quitte à devoir en arriver à des solutions extrêmes.

‘Police Python 357’ est un polar froid et dur, interprété par un Yves Montand au sommet de son art dans le rôle de l’inspecteur Ferrot, un flic froid qui se déshumanise au fur et à mesure que l’enquête avance, armé de son fidèle Python 357, sorte de vieux colt que portait autrefois la police américaine. Pour Alain Corneau, l’intérêt était de montrer un flic progressivement associé à son arme, qui finit par devenir à son tour une machine, froid, sans âme, car avant d’être un polar sinistre, ‘Police Python 357’ est un drame dans lequel un héros s’enfonce inexorablement dans des péripéties sans issues où il sera forcément obligé de franchir le point de non limite. A noter que c’est le quatrième film où le couple Yves Montand/Simone Signoret se retrouve après ‘Les sorcières de Salem’ (1956), ‘Compartiment tueurs’ (1965), ‘Paris brûle-t il ?’ (1966) et ‘L’aveu’ (1969). Le film joue sur une mise en scène particulièrement lente et statique dans laquelle la tension est suggérée habilement, totalement dénuée de tout artifice – à tel point que le film s’avère être particulièrement minimaliste au point de provoquer un certain ennui au bout de la première heure. Reste que l’histoire, captivante (comment un flic tente de s’en sortir dans une histoire de meurtre où tout semble l’accuser – n’a t’on pas vu cela récemment à Hollywood avec ‘Out of Time’ de Carl Franklin?), suscite un grand intérêt tout au long du film, même si l’on pourra regretter le fait qu’une grande actrice comme Simone Signoret soit ici sous-employée dans le film. A noter pour finir, un final particulièrement sombre et violent, qui résume à lui tout seul tout l’esprit de ce sombre polar signé Alain Corneau.

Le réalisateur a eu l’excellente idée de faire appel au grand Georges Delerue qui a composé à peine 10 minutes de musique originale pour ‘Police Python 357’. Pourtant, le peu de musique entendu dans le film s’avère être vraiment mémorable et digne de mention. Le score mélange atonalité glaciale héritée du langage des musiciens ‘contemporain’ des années 50/60 et tonalité tourmentée pour certains passages du film. C’est le thème principal de l’ouverture du film qui attire d’emblée notre attention, et qui se caractérise par ses choeurs envoûtants avec un clavecin et l’orchestre traditionnel. Delerue soigne ici un magnifique contrepoint vocal pour la partie chorale où dialoguent les voix de femmes et d’hommes, sur fond de cordes sombres lugubres et dissonantes (glissendi, clusters, etc.). Envoûtant, mystérieux et quasi macabre, le thème principal de ‘Police Python 357’ possède un côté angoissant qui offre une dimension quasi fantastique au film d’Alain Corneau. On croirait presque entendre l’ouverture d’un film d’épouvante hollywoodien, sauf qu’ici Delerue évite le côté massif habituel et joue au contraire sur une atmosphère macabre plus lente et inquiétante. Ces voix qui semblent surgir de l’au-delà pourraient alors évoquer l’humanité perdue de l’inspecteur Ferrot, une idée accentuée par les nombreux plans sur le colt du héros que l’on voit durant le générique de début – superbe ouverture, accompagnée uniquement par la sinistre musique de Delerue, sans jamais voir le visage de Ferrot et où seul domine son arme à feu. Dès lors, on comprend mieux le parti pris de l’atonalité et d’un style macabre quasi fantastique qui colle à merveille à ‘Police Python 357’.

Par la suite, Delerue va développer un thème de cordes plus mystérieux et moins angoissant, un thème qui se caractérise par un motif tourmenté que se passent les cordes sur des effets d’imitation. Ce thème de cordes possède un côté désespéré et sombre implacable dans le film, accompagnant les quelques moments où Ferrot mène son enquête sur la mort de Sylvia. On retrouve ensuite le grand Delerue des thèmes lyriques et mélancoliques lors de la scène romantique entre Sylvia et Ferrot au début du film, qui se caractérise par sa poignante mélodie ample de cordes qui nous renvoient à certaines partitions lyriques pour d’anciens films de Godard ou de Truffaut. A noter que le thème possède aussi un côté poignant et sombre qui pourrait alors servir à évoquer le côté tragique de cette histoire d’amour impossible. Pour le reste du film, Delerue développera une atmosphère sombre en réutilisant ses différents éléments qu’il répète durant certaines scènes-clé du film (le thème choral de l’introduction revient dans une scène où Thérèse écoute un disque). On notera ces sursauts de cordes dissonantes dans les quelques rares scènes de fusillade du film. Le suspense et la tension sont magnifiquement entretenus dans des petites pièces plus courtes n’excédant jamais les 1 minutes tandis que la scène des ‘châteaux’ permet à Delerue d’utiliser un nouveau morceau basé sur un ostinato de cordes qui ne cesse d’augmenter dans un crescendo de tension inexorable, accompagnant la scène où Ferrot recherche le château qui se trouve sur la photo récupérée chez Sylvia. Aux cordes, Delerue ajoute un clavecin doublé par un piano et un cor anglais pour renforcer la tension psychologique de cette scène – on ressent parfaitement à l’écoute du morceau dans la scène l’angoisse qui commence à envahir progressivement Ferrot. Ces morceaux plus atmosphériques et sombres nous mènent donc inexorablement à un final lugubre où les cordes sombres et dissonantes reviennent une dernière fois pour laisser la place au thème choral macabre qui conclut le film sur une dernière touche pessimiste et angoissante.

Le véritable et unique défaut du score de ‘Police Python 357’ vient du fait que la musique est, comme souvent à cette époque, totalement sous-exploitée dans le film. Alain Corneau n’a pas été en mesure de comprendre tout le potentiel dramatique de la musique de Georges Delerue qu’il aurait pu (et du) mieux exploiter dans son film. Du coup, on a l’impression que la musique s’arrête aussi tôt qu’elle commence, qu’elle n’a jamais le temps d’être développée, accentuée, structurée. On aurait aimer entendre le compositeur approfondir son travail, le mener à terme tout au long du film, quitte à écrire 10 ou 20 minutes de plus, car 18 minutes de musique sur 2 heures, c’est excessivement peu. On pourra rétorquer que c’est cette absence de musique qui donne à ‘Police Python 357’ une ambiance particulière, mais en même temps, les polars/films noirs ont toujours été propices à l’élaboration d’atmosphères musicales captivantes, et ici, si le résultat musical est quasiment parfait, l’utilisation de la musique dans le film n’est pas ce que l’on aurait vraiment pu souhaiter pour le film. A noter que l’édition discographique produite par Stéphane Lerouge et publiée par Universal France n’inclut pas la totalité du score de Delerue, c’est qui est un comble étant donné le peu de musique composée pour le film – le producteur aurait au moins pu inclure les 18 minutes complètes sur CD! Au final, voilà une autre grande réussite de la part d’un Georges Delerue qui, dans les années 70, était plus que jamais au sommet de son art, entamant alors à cette époque une série de partitions sombres et macabres telles que ‘L’important c’est d’aimer’, ‘Quelque part quelqu’un’ et bien d’autre, des partitions que vous pourrez retrouver sur le CD d’Universal France.

Quentin Billard

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