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Le Mépris

Le Mépris. Considéré comme l’un des classiques de la Nouvelle Vague du cinéma français à laquelle participa fortement Jean-Luc Godard à cette époque, Le Mépris est avant tout un film sur la déchirure et la monotonie qui s’installe dans un couple incarné par Brigitte Bardot et Michel Piccoli, Bardot mettant d’ailleurs bien en valeur ses « atouts » pendant tout le film (peut être même un peu trop). Dans une première partie, Godard propose une réflexion sur la condition du cinéma d’art Européen dans le monde de l’industrie cinématographique (notons la présence plus qu’importante du réalisateur Fritz Lang durant tout le film, symbolisant ce cinéma Européen à travers les plans d’un film projetés dans le film, une histoire d’après l’Odyssée d’Homère). A Propos de l’Odyssée justement, on admirera la façon très nette dont Godard met en parallèle l’histoire du couple qui se déchire avec l’histoire d’Ulysse et Pénélope, le tout à partir de plans de statues de Dieux grecques dans lesquels les couleurs des yeux déterminent le sentiment. Du jour au lendemain, Paul (Piccoli) vit progressivement sa violente rupture avec Camille (Bardot) qui se met un jour à le mépriser à tout jamais. Comment un tel amour peut il être ainsi détruit en quelques heures? Que deviendra le cinéma d’art Européen dans le futur? Toutes ses questions pas toujours liées entre elles sont posées par Godard et c’est à chacun d’apporter sa propre réponse.

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La musique de Georges Delerue reste à ce jour l’une de ses plus belles oeuvres et probablement une de ses plus appréciées. Réutilisée par le réalisateur Martin Scorsese dans son très violent film ‘Casino’, le thème de Camille reste encore à ce jour un véritable grand moment de la musique de film. Ecrite entièrement pour l’orchestre à cordes (avec l’ajout discret d’une harpe), la musique du ‘Mépris’ évoque cette tragédie amoureuse et cette lente déchirure qui sépare petit à petit les deux personnages enlisés dans la monotonie amoureuse la plus ennuyeuse qui soit. En ce sens, le thème de Camille est très réutilisé durant tout le film pour ne pas dire surutilisé. Une fois de plus, ceci constitue l’un des éléments clef du parti pris de Godard pour la mise en scène du film: la musique de Delerue, décrite pour beaucoup comme ‘cylcique’ dans le film n’est que le reflet de ce couple qui part à la dérive. Le thème de Camille est d’une beauté indescriptible. On ressent quelque part le côté tragédie grecque que l’on peut s’imaginer facilement en écoutant ce thème d’un compositeur qui s’est magnifiquement exprimé sur ce film, un musicien véritablement touché par la grâce et qui a puisé le meilleur de lui même dans le drame selon Godard. Plus que le personnage en lui même, ce thème qui revient environ 90 % de fois dans le film évoque la déchirure du couple, la tragédie qui sépare deux êtres qui s’aiment sans que l’un puisse faire quelque chose. Quelque part c’est aussi le reflet de la triste condition humaine soumise aux aléas du destin. A chacun sa propre interprétation de ce thème, mais il est impossible de rester insensible devant une telle merveille musicale et une phrase mélodique d’une telle simplicité, confiée aux violoncelles avec les cordes aïgues jouant en contrepoint des arpèges en croches sur un motif d’accompagnement en continu (peut être cet aspect très régulier et continu de ce thème évoque t’il lui aussi la monontonie ambiante du film?) et des harmonies qui rappelent très romantiques, voire par moment vaguement Malherienne avec un côté un peu J.S. Bach (le thème de Camille me fait parfois un peu penser au célèbre ‘Aria’ de Bach).

Le film s’ouvre de manière concise avec par dessus le titre du film une musique fortement dramatique et sombre de Delerue, avec cordes et harpe, et qui évoque ici clairement plus l’aspect sombre de la déchirure plus que l’aspect tragique. De tous les morceaux composés par Delerue pour ce film, il est impossible d’échapper au thème de Camille qui petit à petit envahit tout le film pour laisser la place à un fort sentiment de lassitude, un thème volontairement trop répété qui lasse mais dont l’effet est voulu par le réalisateur. En ce sens, la musique participe donc activement aux idées du film. Et si l’on peut aussi faire le rapprochement de l’âme de ce thème avec la splendeur des Tragédies Grecques (desquelles il est fortement question dans le film) Il est juste dommage que le reste de la partition de Delerue soit à mon avis trop écrasé par ce thème qui prend véritablement « toute sa place » durant le film, même si une autre pièce entendue lors de séquences avec le couple ou pendant le tournage du film de Lang possède lui aussi son propre caractère en soi, moins profond que le thème de Camille mais tout aussi touchant. Evidemment, on serait tenté de dire que Delerue et Godard ont misés à 90 % sur le thème de Camille pour la musique de ce film. Ce serait être injuste envers tout le reste du travail de Delerue magnifiquement représenté récemment à travers les reéditions des classiques de la musique de film française de la collection de Universal France (sur cet album se trouve aussi d’autres grandes partitions de Delerue que l’on pourra découvrir à la suite du ‘Mépris’).

Il y’aurait encore tellement de chose à dire sur ce film et cette musique qu’une seule page internet ne suffirait pas pour traiter à fond le sujet. A noter que le CD de Universal Music Jazz France comporte d’aurtres grandes oeuvres de Delerue dont vous pourrez apprécier quelques extraits sur cette compilation. Notre modeste conclusion sur cette BO sera donc que Le Mépris est supérieure au film, une musique profonde qui touche notre âme par sa grâce, la musique d’une déchirure, la musique des sentiments humains, des émotions pures, la musique d’un cinéma viscéral qui s’envole, qui rêve, qui nous envahit. C’était en tout cas la musique du regretté Georges Delerue!

Quentin Billard

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